
Annette Messager (1943, France), Mes Voeux, 1988, 320 x 160 cm, Centre Pompidou, Paris, France.
Avec cette œuvre, composée de dizaines de photographies de détails de corps, Annette Messager met en scène une identité fragmentée, qui se décompose et se recompose comme les éclats d’un kaléidoscope. Bien qu’elle fasse référence au vocabulaire du minimalisme, par la forme simple dans laquelle s’inscrit cet ensemble comme par le choix du noir et blanc, l’image qui en résulte, comme suspendue par une multitude de longues ficelles apparentes, rappelle plutôt les ex-voto. L’artiste a souvent puisé son inspiration dans les pratiques de dévotion populaire qui ornent les églises de compositions baroques et hybrides. La série « Mes Vœux », qu’elle développe à partir de la fin des années 1980, incorpore cette référence à une réflexion plus vaste sur le corps, la sexualité, l’identité. En mélangeant des détails, souvent récurrents, prélevés sur des corps des deux sexes et de tous âges, Annette Messager questionne les fondements anthropologiques de la représentation, à la lumière des interrogations sur l’homme produites par l’histoire contemporaine comme par la psychanalyse. Sous le dehors objectif des prises de vues photographiques, c’est à un dispositif fictionnel qu’elle confronte le spectateur, une histoire de corps nourrie des observations comme des obsessions de l’artiste. Le regardeur se trouve happé par ce reflet démultiplié de lui-même, qu’accentue la grande dimension d’une installation dont la présence physique, quasi sculpturale, n’est perceptible que dans le corps à corps de cette confrontation directe.
_Catherine Grenier
/SÉQUENCE
Mon réseau social
Réalise une production artistique qui montrera ton propre réseau social.
- Comment représenter le réseau : jouer sur les « lignes » (quels matériaux ?), l’entrelacement, les directions…
- Comment montrer le « social » : photos, images, autoportraits, portraits
- Notions : couleurs, lignes, représentation, espace représenté/figuré…
/LEXIQUE

- RÉSEAU : En premier ressort, le mot réseau désigne au sens concret « un ensemble de lignes entrelacées » et, au figuré « un ensemble de relations ». Par extension, il désigne un ensemble interconnecté, fait de composants et de leurs inter-relations, autorisant la circulation en mode continu ou discontinu de flux (eau, air, huile…) ou d’éléments finis (marchandises, informations, personnes…). Le réseau peut être « matériel » (comme le réseau électrique, le réseau routier, le réseau sanguin ou le réseau lymphatique), « immatériel » (comme le réseau social).

- SOCIAL : Relatif à un groupe d’individus (êtres humains) considéré comme un tout (société), et aux rapports de ces individus entre eux.
- RÉSEAU SOCIAL : En sciences humaines et sociales, l’expression réseau social désigne un agencement de liens entre des individus ou des organisations, constituant un groupement qui a un sens : la famille, les collègues, un groupe d’amis, une communauté, etc. L’expression « réseau social » dans l’usage habituel renvoie généralement à celle de « médias sociaux », qui recouvre les différentes activités qui intègrent technologie, interaction sociale entre individus ou groupes d’individus, et la création de contenu.
/RÉFÉRENCES










/ARTISTE
Sensible depuis l’enfance aux modes d’expression marginaux et à l’art brut, Annette Messager fait s’imbriquer une forme de jeu et d’exorcisme dans son œuvre. Elle détourne les éléments de sa propre histoire en brouillant les pistes entre réel et fiction. L’artiste s’exprime dans une variété de médiums et d’échelles, depuis les dessins intimes jusqu’aux installations monumentales.
Dès ses débuts en 1971, Annette Messager oriente son travail vers une recherche identitaire. Elle s’attribue des titres qui démultiplient sa personnalité : collectionneuse, bricoleuse, femme pratique, truqueuse… Ses Albums-collections rassemblent des photographies, coupures de presse, croquis, notes, qu’elle « classe » thématiquement. L’ensemble décrit les stéréotypes liés au rôle de la femme dans la société. Son intérêt pour le tissu, la broderie, la couture, se retrouve dans plusieurs œuvres de cette période et perdure ensuite.
Elle développe une fiction plus intime avec Les Pensionnaires (1971-1972), des oiseaux naturalisés et emmaillotés dans des tricots, qu’elle met en scène dans des vitrines. Dans les années 1980, le caractère théâtral de son travail s’affirme, tant par le traitement grotesque des images que par leur installation dans l’espace. Pour Les Variétés (1980-1981), elle compose des formes à partir de fragments photographiques de visages ou de corps, sur lesquels elle peint et qu’elle déploie sur les murs et le plafond. Elle déforme les images et l’échelle dans Les Chimères (1982-1984), de grands photomontages peints inspirés des contes de fées. À partir de 1988, l’artiste achète, dans des brocantes, des peluches qu’elle utilise dans ses œuvres pour symboliser de façon comique notre part animale. Mes petites effigies (1988) est une installation murale qui mêle peluches, photographies de fragments de corps et mots (attente, désir, soupçon…) inscrits sur le mur.
Au début des années 1990, Messager crée des installations à partir d’objets qui s’entassent dans son atelier (robes, livres, peluches, animaux naturalisés…) et avec lesquels elle met en scène un récit. Pour Les Piques (1991-1993), elle place contre le mur des piques en métal sur lesquelles s’empalent des peluches démembrées ou des dessins. L’artiste fait référence à la fois à la Révolution française et aux manifestants contemporains. Dans ses expositions, elle s’amuse à multiplier les points de vue sur ses œuvres, qui sont parfois pénétrables. Ses environnements sont constitués d’oreillers, de filets, de laine, de sacs plastique… Elle utilise des morceaux de peluches pour former des lettres, une croix, une carte de France et elle compose un cœur ou une tête de mort avec des gants prolongés de crayons de couleur.
Les années 2001-2003 se caractérisent par la création des premières installations mécanisées informatiquement. Ainsi, articulés-désarticulés (2001-2002), réalisée à l’occasion de la Documenta 15 en 2002, met en mouvement les créatures et les objets familiers du vocabulaire plastique de l’artiste. Suspendus par des cordes reliées à des moteurs, les personnages s’agitent comme des marionnettes. Choisie pour représenter la France à la 51e Biennale de Venise en 2005, Messager conçoit une installation polymorphe intitulée Casino, pour laquelle elle reçoit le Lion d’or. Elle s’inspire de l’histoire de Pinocchio pour créer un univers fantastique dans lequel un pantin s’anime, un immense voile rouge se gonfle et des organes en tissu sont propulsés en l’air. En 2007, sa rétrospective au Centre Pompidou mélange ses travaux anciens et récents et présente une création monumentale dans le Forum : des fragments de corps agrandis et emprisonnés dans des filets semblent chuter vers un petit personnage rappelant Pinocchio.
Les mondes étranges et parfois effrayants créés par Annette Messager détournent l’imagerie familière pour interroger notre rapport au corps, au langage, aux émotions et au désir.













+ D’INFOS
- Boltanski, christian
/TRAVAUX D’ÉLÈVES




