
Jérôme Mesnager
Le Street art est un mouvement artistique contemporain qui s’est développé à la fin du siècle dernier. Il se définit comme l’art des endroits publics, celui qu’on retrouve dans nos rues, sur nos murs. Celui auquel on ne prête pas toujours attention, mais qui peut réserver de belles surprises. Il se présente sous diverses formes : graffiti, graffiti au pochoir, création d’affiche, pastel et même projection vidéo.

Ce type d’art contemporain a une valeur subversive, les motivations des artistes sont différentes. Il est une tribune pour les artistes contemporains qui peuvent exprimer ce qu’ils souhaitent et l’afficher au grand jour, à la vue de tous. Plus que tous les autres courants avant lui, le street art flirte avec l’illégalité.
Art vandale, porteur de message, le l’art urbain ne cesse de provoquer, choquer, émouvoir.
1- Les origines du Street art
Elles ne sont pas récentes. Les hommes ont toujours écrit sur les murs. Que ce soit au temps des hommes des cavernes, ou encore à l’Antiquité à travers les fresques, les hommes ne peuvent s’empêcher d’écrire leur histoire sur les murs.
On peut considérer que l’art de rue tel qu’on l’entend aujourd’hui est né aux États-Unis, dans les années 1960.


Le premier mouvement est le ” Graffiti writing ”. Cornbread, né à Philadelphie en 1953 sous le nom de Darryl McCray, est (à juste titre !) mondialement considéré comme étant le premier graffeur. Tout a commencé à la fin des années 1960 quand ses amis et lui ont décidé de se munir de bombes de peinture et de poser leurs signatures sur les murs de leur quartier. Le premier de l’artiste fut “Cornbread Loves Cynthia” (“Cornbread aime Cynthia” en français), écrit pour conquérir le cœur d’une fille de son lycée.
Mais après avoir obtenu les faveurs de Cynthia, pas question pour lui et ses amis de s’arrêter là ! Ils ont continué à taguer leurs noms, au point d’envahir les murs de leur quartier et de toute la ville de Philadelphie et d’attirer l’attention de la presse locale. Sans le savoir, Cornbread venait de faire entrer le graffiti dans l’histoire de l’art. Une forme d’art qui prend son ampleur une dizaine d’années plus tard à New York et va bouleverser tous les codes.





C’est la naissance des grands noms du street art américain : Taki 183, Keith Haring ou encore Blade One. Dans la rue la moindre petite parcelle est recouverte de messages divers visible par tout le monde. C’est en 1978, accompagné par son ami Al Diaz, que Basquiat commence à signer SAMO© (pour « Same Old Shit ») sur les murs de Manhattan, à quelques pas des galeries qui lui feront bientôt les honneurs.

SAMO© Al Diaz et Jean-Michel Basquiat
En France cette nouvelle forme d’art prend aussi de l’ampleur à partir des années 1980. Deux pionniers vont imposer les arts urbains tels que nous les connaissons : Blek le rat et Jérôme Mesnager (né à Colmar en 1961).



Les années 1990 voient l’arrivée d’artistes comme Bansky en Grande-Bretagne ou encore Blu en Italie. Chez les Français des artistes comme Space Invaders s’imposent, dans les rues parisiennes puis dans les rues des autres capitales du monde.

Les années 2000 marquent un réel tournant pour le street art, il est enfin reconnu comme un art à part entière. Le M.U.R (Modulable, Urbain et Réactif) est créée. Il s’agit d’une association de 80 artistes, tous les 15 jours un artiste squatte de grands panneaux publicitaires rue Oberkampf à Paris, il y expose son œuvre. En 2001, les premiers travaux de street-artistes sont exposés dans la galerie de jour d’Agnès B, lors d’une exposition collective.
2009 est l’année de consécration pour cet art éphémère en France, en mars une exposition au Grand Palais regroupe 150 tagueurs internationaux. Quelques mois plus tard en juillet la Fondation Cartier organise une exposition collective ” Né dans la rue “, l’art urbain est reconnu comme un mouvement artistique, les collectionneurs affluent.



2- Quelles sont les différentes techniques de “Street art”
- Le Graffiti
En premier lieu, le graffiti représente une forme d’expression très ancienne, il s’agit d’apposer sa marque, sa signature sur les murs. Il permet aussi de faire passer des messages. Cet art est dans un premier temps assimilé à du vandalisme.
En 1933, le photographe et essayiste Brassaï qualifie les graffitis ” d’art bâtard des rues mal famées “. Le graffiti est une petite révolution, il s’expose partout dans l’espace public, il est accessible partout et à tout le monde.
Au sein du graffiti il y a plusieurs catégories : le tag, une signature ou une marque réalisée rapidement à l’aide d’un aérosol ou d’un marquer, le Flop qui ressemble au tag, il y a cependant tout un travail de volume et de couleurs. Ensuite on trouve le Graff, sa composition est beaucoup plus complexe, sophistiquée, les lettres peuvent être totalement décomposées et réinventées). La dernière catégorie est la fresque murale.



Parmi les graffeurs les plus célèbres, Doze Green qui dès les années 1970 réalise des portraits en graffiti. Il est très inspiré par l’époque Edo (une ère japonaise s’étendant du 17e au 19e siècle), l’art calligraphique et le cubisme. Il est exposé dans les plus grands musées du monde.

- Le pochoir
La technique du pochoir (ou ” stencils “) apparaît au début des années 1980. C’est une nouvelle technique, une nouvelle forme d’expression. A cette époque à Paris les murs sont rapidement saturés par les graffitis, le pochoir est une nouvelle forme d’expression. Des artistes comme Blek le rat voulaient se différencier des graffitis de New-York et imposer leur style.
La technique est simple, l’artiste représente sur un matériau rigide (bois, carton, plastique, métal, etc…) un dessin, il suffit ensuite à l’artiste de passer sur le pochoir de la peinture ou de ” bomber ” pour obtenir le dessin. L’avantage du pochoir c’est qu’il se transporte très facilement et qu’il peut être reproduit plusieurs fois très rapidement.




Branksy


Jef Aerosol (1957 – )



EZK
Parmi les artistes les plus importants, Blek le rat, l’un des précurseurs de la technique du pochoir, Jef Aerosol, EZK ou encore Banksy qu’on ne présente plus. La technique du pochoir permet à ces artistes de rendre leurs œuvres très précises et très percutantes. Le message est clair, il fait mouche.
- Les stickers ou le Stick Art
C’est l’art des autocollants. Il se répand de plus en plus dans le street art, parce que comme pour le pochoir il est très facile pour les artistes de se déplacer avec leurs autocollants et de les apposer partout dans l’espace urbain. C’est également moins dégradant que la bombe aérosol ou la peinture. De plus en plus d’artistes utilisent cette technique (sans pour autant abandonner les autres).
Parmi les utilisateurs de cette technique les plus connus, le français JR qui en 2001 expose dans l’espace public les portraits d’inconnus qu’il prend en photo.











- Les installations ou ” street installation ”
L’art urbain n’est pas le seul ni même le premier courant artistique à mettre en place des installations. Malgré tout, elles sont de plus en plus présentes dans ce mouvement artistique. Elles mettent en scène des objets en trois dimensions, elles jouent avec l’espace et les interactions avec le public.
Ces installations permettent au public de se questionner, de réfléchir, certaines choquent ou interpellent. Comme un coup de pied dans la fourmilière, ces œuvres d’art imposantes bouleversent le paysage urbain.
Parmi les précurseurs de ce mouvement, Mark Jenkins. Il a disposé ces personnages dans les rues des plus grandes villes du monde. Souvent encapuchonnés leurs visages sont cachés de façon parfois dérangeantes.
En France, c’est Gregos qui s’impose dès le début des années 2000. Des moulages de son visage peint de couleurs différentes et exprimant différentes humeurs parfois accompagnés d’un message fleurissent dans le paysage urbain. Depuis novembre 2013 c’est Ride in peace qui décore les rues de la capitale française avec des restes de vélos accroché sur les façades des immeubles.





- Le Tape Art
Cela consiste à réaliser des œuvres à partir… de ruban adhésif ! Ce courant apparaît aux États-Unis en 1989.
Il existe deux courants :
Le Brown tape art


Qui joue sur la superposition de scotch d’emballage brun. L’artiste joue sur la nuance des couleurs.
Le Duct tape art

Qui se sert d’un scotch de maçons, toilé et imperméable, gris ou noir.

- Les autres techniques
D’autres techniques moins connues sont utilisées en d’art urbain.
Parmi elles l’utilisation de mosaïque comme pour Invaders, le yarn bombing qui consiste à recouvrir le mobilier urbain (bancs, escaliers, troncs d’arbre, sculptures sur les places publiques, lampadaires et autres) d’ouvrages à base de fil comme par exemple des pulls sur des arbres. Le but est d’apporter de la positivité aux passants.

Certains street-artistes utilisent également l’encre invisible, une peinture spéciale qui ne se révèle soit à la lumière ultra-violet soit dans l’obscurité. D’autres artistes utilisent des LED dans leurs dessins.
Les techniques et les supports en street art sont multiples, l’importance de ces œuvres réside principalement dans leur message, dans la façon dont elles vont accrocher le regard des passants.
(…)
Les films sur le street art à voir absolument :
- Faites le mur : un documentaire sur l’univers de Banksy, l’un des plus célèbres street artists. Dans ce film qu’il a lui-même réalisé, Banksy nous montre que les vandales ne sont peut-être pas ceux que l’on pense.
- Chats perchés réalisé par Chris Maker
- Inside Out réalisé par le street artist français JR. Le documentaire retrace le plus grand projet d’art participatif au monde que JR a créé en 2011 : des portraits de gens collés sur les murs, partout dans le monde pour soutenir une idée, un projet, ou encore une action.
- Downtown 81 – Jean-Michel Basquiat : ce film revient sur le début de carrière du jeune Basquiat.
- Stations of the Elevated qui nous replonge dans l’univers du graffiti new-yorkais des années 1980.
- Wild Style, un film des années 1980 qui nous embarque dans la culture urbaine américaine et notamment celle du graffiti.
- Writers 1983-2003, 20 ans de graffiti à Paris, un documentaire sur l’arrivée et l’évolution du graffiti parisien. Pour tout savoir sur les débuts du street art français.
- Bombing Beirut, le l’art urbain libanais sous l’objectif de Lisa Miquet